Haïti Femmes Et TIC : Et Si La Technologie Était Aussi Une Affaire De Femmes ?
La gent féminine, quoiqu’étant l’armature de toute société, n’en est pas moins l’indéniable victime des stéréotypes et marginalisations. Certains hommes, qui, cherchant à démontrer leur virilité, s’estiment menacés dans leur ego, l’exposent, depuis une avalanche de siècles, à des châtiments infernaux, tous destinés à lui dérober son auto-estime, et ainsi l’assujettir aux moindres caprices de Monsieur. Aussi, un ensemble de choses lui étaient interdites. S’instruire, travailler, voter, conduire, …, et même, tenez-vous bien, entretenir ses cheveux à sa guise. Ce que j’aurais pu bouillir de rage ! Grâce au ciel, je ne suis pas née de cette époque ! Mais non ! Je me réjouis trop vite. J’oublie que notre société papelarde garde encore certains tabous immondes et obscurs, malgré les nombreuses avancées constatées dans le monde.
Aujourd’hui, si pour une femme, embrasser une carrière ne se voit plus comme une cime inaccessible, on en catégorise néanmoins certains axes professionnels comme devant être exercés uniquement par des hommes. Tel est le cas pour les sciences dénommées « dures » entre autres les maths, la physique, l’ingénierie civile, l’aéronautique, et particulièrement, l’ingénierie informatique. Les femmes qui exercent ces professions sont souvent enclines à des jugements de valeurs ou de capacités, ou ont du mal à faire reconnaitre leur autorité. C’est pourquoi l’histoire se plait toujours à retenir les noms de femmes qui se battent, refusant de laisser les banalités avoir raison de leur destin. Elle retiendra aujourd’hui le nom de Nadia Jean-Charles.
Suite à une étude qu’elle a menée auprès d’un échantillon de femmes en partenariat avec Rachèle Suy, Valery Samantha Oreste et Débora Emmanuela Toussaint, elles fondent, en février 2015, Haïti Femmes et TIC (HFTIC), une association féminine à but non lucratif et non gouvernementale dont la mission consiste à faciliter l’intégration d’un plus grand nombre de femmes dans le secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Actuelle présidente de HFTIC, gagnante du concours Forbes de Haiti Tech Summit 2019, Alumni de la Young Leaders of the Americas Initiative et Senior manager de suivi et évaluation de Project Medishare for Haiti, Nadia détient une Licence en Science Informatique de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti et un Master en base de données.
Campagne de sensibilisation, atelier de travail, séances de formation englobent, entre autres, la stratégie de combat de HFTIC. Cette organisation offre également un encadrement psycho-social aux femmes pour les aider à regagner leur self-estime et croire en leur capacité de faire. Elle les accompagne aussi dans la recherche de l’emploi, puisque bon nombre d’entre elles se croient incapables d’intégrer le marché du travail. Elle va même jusqu’à réaliser des forums avec certaines entreprises pour les inciter à voir autrement car selon Nadia : « Les femmes, aussi bien que les hommes, peuvent embrasser ce domaine, faire carrière et marquer leur parcours.»
A travers ses activités Boot Camp Android, Hackathon ou encore le Programme National d’entrepreneuriat pour les jeunes (NEPY), HFTIC offre chaque année aux jeunes filles du pays ayant un certain niveau dans la programmation informatique, de soumettre un projet ou une idée d’entreprise ainsi qu’une opportunité de les matérialiser. Selon sa vision, il faut que les femmes aient pu tracer leur voie dans ce métier dominé par les hommes. Depuis sa création, elle compte environ une trentaine de membres et plus d’une centaine de femmes qui ont pu bénéficier de son support. C’est loin d’être ce à quoi elle aspire mais elle continue ardûment à travailler et souhaite renforcer son partenariat.
Haïti Femmes et TIC est donc un patrimoine, un modèle de femmes hardies qui ont fait leur preuve et se défoncent pour démontrer que la technologie est aussi bien du domaine des femmes, qu’elles en sont aptes aussi bien que les hommes et même bien plus qu’ils ne peuvent l’imaginer. À vous mesdames qui vous repliez, le message de Nadia est plus que convaincant: “J’ai eu de bonnes mentions, j’ai du succès dans ma carrière. Pourquoi pas vous qui êtes peut-être beaucoup plus douées que moi? Sachez que vous valez mieux que les tabous auxquels vous réduit la société.”









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